Pour célébrer la Journée Internationale de la Femme en ce 8 mars 2016, EMLYON Junior Conseil vous propose ce superbe portrait de Clara Gaymard, ancienne présidente de GE France. Un portrait réalisé par Joy Boublil, Chef de Projet à EMLYON Junior Conseil.

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« J’ai toujours eu trois moteurs dans ma vie qui font ce que je suis aujourd’hui : l’envie d’apprendre, le goût des voyages, et celui de la famille. »

« Aucun patron français du CAC 40 n’aurait osé embaucher une petite femme blonde, épouse d’un ancien ministre, qui plus est démissionnaire. »

« Dans le CAC 40 il y n’y a aucune femme, dans le SBF 120 non plus. Quand je regarde les pipelines dans les entreprises du CAC 40, à part Isabelle Kocher, il n’y a personne après. Nous avons un vrai problème en France. »

Dans le feuilleton GE-Alstom, vous avez sans doute dû apercevoir passer furtivement entre deux portes de l’Élysée une petite femme discrète et qui pourtant, marche d’un pas assuré et déterminé. Mais qui est cette femme de l’ombre qui, de son mètre soixante de blondeur, d’intelligence et de certitudes, a dû gérer cette houleuse affaire nationale qui remettait encore une fois au devant de la scène le phénomène de désindustrialisation français et la défense de notre fameux « patriotisme économique » ? Revenons sur le parcours de cette femme, résolument moderne, ultra-active, engagée et pourtant, si méconnue du public.

Certains diront qu’elle était destinée à une carrière prodigieuse. Fille de Jérôme Le jeune, généticien et découvreur du syndrome de Down (trisomie 21), Clara prend le contre-pied de son père et s’oriente dès la sortie du lycée vers la politique. Après un passage par Science-Po en 1982, elle rejoint à seulement 22 ans le cabinet de Jacques Chirac, alors maire de Paris, qui l’encourage à passer l’ENA. En 1986, le tour est joué. Cette brillante élève rejoint les bancs de la promotion Denis Diderot sur lesquels elle rencontre son mari, Hervé Gaymard, ancien Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie dans le gouvernement Rafarin III et actuellement député de la 2ème circonscription de Savoie. Elle, talentueuse jeune fille de la bourgeoisie, légèrement arrogante, pleine d’aisance et d’ambition. Lui, dira-t-on, plus effacé, plus modeste, plus fade peut-être. Au classement de sortie, en 1986, elle le devance et décroche la Cour des comptes.

Mais la défaite de Jacques Chirac à la présidentielle de 1988 les a convaincus que l’heure de faire de la politique à droite n’est pas encore venue. Ils choisissent donc de partir en Egypte, où Hervé est attaché financier pour le Proche et le Moyen-Orient auprès de l’ambassade de France au Caire. À son retour d’Égypte, Clara continue son petit bout de chemin en entrant au ministère des Finances et devient en 2003, présidente de l’Agence française pour les investissements internationaux, avant d’être nommée en 2006 présidente de la branche française de General Electric. Ses compétences et son efficacité sont reconnues par ses pairs : « elle dit ce qui doit être dit » affirme Alexandre de Juniac, PDG du groupe Air France-KLM tandis que Laurence Parisot, ancienne dirigeante du Medef, estime que Clara « est une excellente intermédiaire puisqu’elle connaît bien le monde des finances, ainsi que les hauts fonctionnaires de l’administration et le monde politique français. »

Plus qu’une « dame de fer » insérée dans la machine du pouvoir depuis sa jeunesse et au-delà de son rôle élémentaire à la tête du mastodonte mondial qu’est General Electric, Clara Gaymard est avant tout une intellectuelle ouverte sur le monde, avec des convictions et des engagements qui lui sont propres. A travers un style de management résolument libéral et progressiste qui étonnera ceux qui connaîtront ses convictions religieuses, elle soutient la communauté LGBT et signe pour General Electric la charte d’engagement LGBT. Dans la lignée des plus grands tels que David Rockefeller et Henry Kissinger, Clara est membre de la Trilatérale, un think-tank qui réunit les personnalités les plus influentes du monde politique, économique et intellectuel de la déchue Triade.

Mais surtout, depuis sa présidence à la tête de l’Agence française des investissements internationaux, Clara a toujours voulu consolider les liens économiques qui unissent la France et les Etats-Unis. Présidente de l’American Chamber of Commerce in France depuis Février 2014 et membre du conseil d’administration de la French-American Foundation, elle a toujours cru en la France et en son incroyable potentiel : « J’en ai assez du « French bashing ». Ce pays m’a permis d’étudier, de me marier avec qui je voulais, d’avoir des enfants et de travailler comme je l’entends. » Plus, Clara s’est toujours réclamée de la défense des emplois industriels en Europe. Comment alors interpréter l’annonce de son départ en février dernier à la tête de GE France après neuf ans de loyaux services et l’annonce de la suppression de 6.500 postes dans la branche énergie d’Alstom que le groupe vient d’acheter en contradiction avec les engagements pris auprès du gouvernement français au moment de l’acquisition ?
Coïncidence ? Je ne pense pas.

Cependant, Clara ne regrette rien, rien de rien, loin de là : « Le closing avec Alstom vient de se terminer, c’était un bon moment pour moi de préparer une nouvelle étape de ma vie professionnelle. J’ai 56 ans, et je voulais connaître une nouvelle aventure. Elle sera dans le monde entrepreneurial. » livre-t-elle à Challenges. Alors, Clara, une « Entrepreneur for the World » ou devrions-nous dire, une « Early Maker » ? Oui. Clara, à contre-courant de la tendance décliniste qui caractérise le paysage français depuis des décennies, croit en l’avenir de la France. Aujourd’hui, à la tête de la société d’investissement Raise, elle épaule Gonzague de Blignières, un ancien de la Barclays qui a levé plusieurs centaines de millions d’euros auprès de grands groupes (Accor, Bouygues, Danone, EDF) et de grandes familles du capitalisme français (Dassault, Bettencourt) pour financer des PME innovantes. Avec un conseil d’administration haut-de-gamme où l’on retrouve notamment Maurice Lévy (Publics), Jean-Paul Agon (L’Oréal), Stéphane Richard (Orange) ou encore Xavier Huillard (Vinci), l’objectif, nous dit-elle, est de « créer un écosystème pour les entrepreneurs ». Le fond met notamment en place des actions de formation comme les « mardis de Raise » du conseil, des prêts d’honneur de 75000 à 100 000 euros, et des programmes d’accompagnement visant à rapprocher les créateurs d’entreprise de grands groupes afin de créer des « binômes ». A 56 ans, Clara nous prouve que l’on continue toujours de grandir, de créer et de se trouver.

Et puis… Journée de la Femme oblige, Clara, c’est aussi une maman, une femme avec les mêmes étoiles dans les yeux que celles qu’elle avait du haut de ses 22 ans. Mais pas n’importe laquelle ! Mère d’une tribu de 9 enfants, elle a pris depuis octobre dernier les rênes de la présidence du Women’s Forum for the Economy and Society, le « Davos des femmes ». Une responsabilité importante dans une Europe où les femmes ont encore du mal à diriger, en entreprise comme en politique. Défendre la place de la femme dans la société demeure un véritable combat. « La réalité du pouvoir est encore détenue par les hommes » nous dit-elle, et elle en sait quelque chose. Et pourtant, l’étude « The Power of parity : how advancing women’s equality can add $ 12 trillion to global growth » de Mc Kinsey & Company, publiée en septembre 2015, montre qu’une plus grande mixité constituerait un formidable gisement de croissance et de compétitivité dans le monde. Une étude qui devrait faire réfléchir les patrons du CAC40 et les hautes instances du pouvoir.

Que finalement retenir de ce parcours atypique ? Brillante, ambitieuse et engagée, Clara Gaymard est devenue une figure de proue du féminisme moderne. Elle peut être, sans nul doute, un véritable parangon de vertu pour de nombreuses femmes, une espèce d’idéal, une source d’inspiration et d’espoir pour le beau sexe.

Joy Boublil

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